L’affaire de l’insuline qui oppose l’entreprise marocaine Sothema au laboratoire danois Novo Nordisk (représentée par Laprophan) est loin d’être dénouée. En tout cas, le rapport du Conseil supérieur de la concurrence n’a pas véritablement tranché.
En réalité, ce rapport du Conseil supérieur de la concurrence épingle les deux parties : les deux laboratoires constitueraient ainsi un duopole face à d’éventuels concurrents, en l’occurrence Polymédic. Mais contrairement à d’autres affaires -notamment celle qui a opposé Cema et Bois de l’Atlas où la pratique du dumping par les entreprises chinoises a été prouvée et où des mesures ont été prises pour protéger le fabricant local – ce dossier reste entaché de flou. Car, le CSC n’arrive toujours à confirmer le fait que Laprophan aurait recours à des pratiques de dumping !
L’affaire remonte au mois de juin dernier, quand le ministère de la Santé avait lancé un appel d’offres pour l’achat de 2,5 millions de flacons d’insuline. Le marché est revenu à Laprophan, représentant des Laboratoires Novo Nordisk au Maroc. Ce dernier a fait une offre de 19 DH/flacon au lieu de 23 DH pour son concurrent, Sothema, unique fabricant d’insuline au Maroc depuis 30 ans. A priori, rien d’anormal. C’est la loi du marché et de la concurrence : un client préfère acheter le même produit au moindre coût. Partant le département de la Santé a opté pour le pli le moins disant. Mais Sothema ne l’entend pas de la même oreille.
Le laboratoire marocain accuse son concurrent étranger de pratiquer du dumping. En effet, le laboratoire danois aurait baissé son tarif pour le même produit de 28 DH à 19 DH, par rapport à l’année dernière. Il s’agit d’un tarif 10 fois moins élevé que le prix pratiqué pour les mêmes insulines sur le marché privé (19 DH contre un P.P.M de 196 DH). De son côté, Sothema a fait une offre de 23 DH contre un PPM de 80 DH.
Et c’est justement cette énorme différence entre les prix pratiqués dans le privé (pharmacie) et ceux proposés aux marchés publics, qui gène le CSC. Selon le rapport, il s’agit justement d’un duopole, une manière d’écarter un troisième concurrent, à savoir Polymédic, qui avait bénéficié d’une dérogation d’importation en 2005. Une dérogation qui n’a pas été renouvelée, sachant qu’il existe un fabricant local. En tout cas, selon le rapport du CSC, Polymédic a été évincé du marché public suite aux prix pratiqués par Laprophan et Sothema. Pour rappel, sur les 55 appels d’offres lancés entre 2001 et 2011, Sothema a obtenu 29 lots contre 24 pour Laprohan et 2 seulement pour Polymédic.
En attendant, le dénouement de cette affaire, le dossier de l’insuline remet à nouveau sur la table les options du Maroc. Ce dernier a opté pour la liberté du marché et de la concurrence. La loi 06-99, en vigueur depuis 2000 fixe les conditions dans lesquelles l’activité économique doit se faire. Dans une conjoncture économique très difficile, il se trouve devant un dilemme, doit-il prendre des mesures pour protéger la production locale, et par là même inciter les entrepreneurs marocains à continuer à investir, ou respecter à la lettre les accords de libre-échange et autres conventions internationales qu’il a ratifiés ?
Industrie locale en difficulté
Enfin, cette affaire concerne la problématique de la mondialisation, la concurrence, l’ouverture du marché, les accords de libre échange, etc. Pour de nombreux industriels, le marché marocain permet aux concurrents étrangers d’écouler leurs marchandises au détriment des producteurs locaux.
Que ce soit la Chine, l’Egypte, la Turquie, ou autres, ces pays écoulent sur le marché marocain des produits, tous secteurs confondus (électroménager, alimentaire, ameublement, tapis, etc.), à des tarifs défiant toute concurrence, souvent au détriment de la qualité et du respect des normes internationales. Le critère du prix étant décisif pour une large partie de la population, pouvoir d’achat oblige, les industriels locaux sont de plus en plus en difficulté.
Leila Ouazry
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Affaire Cema vs Bois de l’Atlas
Suite aux dégâts avérés, causés par les importations massives de contreplaqué, à la production nationale, ce qui a d’ailleurs amené le ministère du Commerce extérieur à ouvrir une enquête antidumping à ce sujet, les importations de ce produit sont désormais soumises à une Déclaration préalable à l’importation (DPI).
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