
Dans le cadre des grandes réformes structurelles engagées par le Maroc depuis 2000, le Maroc a ouvert le chantier de l’accès universel à la santé. Objectif : être en phase avec les conventions internationales qu’il a ratifiées et satisfaire avant tout les attentes des citoyens dans ce domaine si important.
En effet, on ne peut parler de développement socioéconomique sans parler du droit à la Santé. C’est ainsi que deux régimes de couverture médicale de base ont été créés en 2002. Il s’agit de l’Assurance Maladie Obligatoire de base (AMO) et le Régime d’Assistance Médicale (RAMED). « Le premier est fondé sur les principes et les techniques de l’assurance sociale au profit des personnes exerçant une activité lucrative, des titulaires de pension, des anciens résistants et membres de l’Armée de Libération et des étudiants. Le deuxième est fondé sur les principes de l’assistance sociale et de la solidarité nationale au profit des démunis »
Si le premier régime est entré en vigueur dès 2005, avec la promulgation de la loi 65-00, sous les auspices du gouvernement Jettou, il a fallu attendre 2012, pour que le second soit mis sur les rails. Ceci a permis à près de 37 % de la population d’accéder aux soins en disposant d’une couverture médicale. Un taux qui sera sans doute revu à la hausse, après la généralisation du Ramed, prévue d’ici la fin de l’année, conjuguée à la mise en oeuvre de la deuxième phase de l’AMO. Celle-ci devrait s’étendre aux travailleurs indépendants, aux personnes exerçant une profession libérale, aux étudiants, aux anciens résistants de l’armée de libération.
De nombreuses avancées
Avec l’avènement de l’AMO, malgré toutes les critiques qu’on peut lui attribuer, le Maroc a effectivement réalisé un grand bond en terme de protection sociale. Ce dispositif a permis pour la première fois la couverture d’une population estimée à 2,7 millions de personnes. Trois ans après, on comptait 3,4 millions de bénéficiaires : enfants, femmes et hommes, disposaient d’une couverture maladie de base. Le nombre de dossiers traités par la CNSS est passé de 2100 en 2009 à 7000 en 2010 et à 12.000 en 2011.
« Entre 2006 et 2010, le nombre des bénéficiaires de l’AMO est passé de 2.7 millions au démarrage à plus de 3,4 millions. De même le nombre des dossiers déposés/ jour est passé à 1687 au lieu de 670 au début. Enfin, le taux de remboursement des médicaments est passé de 14.8 % à 51 %. Au moment où le délai moyen de remboursement des dossiers est d’une durée de 19 jours et le délai moyen de délivrance des prises en charges est de 24 heures. », dit-on à la direction de la CNSS. Près de 1 milliard 600 millions de DH ont été consacrés aux remboursements pour l’année 2010.
Encore une fois, si l’AMO est loin d’être un système parfait, et qu’il est impératif de se pencher sur les lacunes qu’elle présente, on ne peut nier les nombreux efforts effectués depuis sa mise en œuvre en vu d’une meilleure prise en charge. L’extension de la liste des médicaments, l’amélioration de la qualité de service, l’exonération partielle ou totale du ticket modérateur sont autant de défis qui font reculer graduellement l’exclusion.
Les assurés bénéficient d’un panier de soins de 172 maladies sans plafond (même les maladies antérieures). L’extension du panier aux soins ambulatoires (grippe, angine, kinésithérapie, analyses biologiques, gestes paramédicaux, …)
a permis, à l’AMO de franchir un nouveau cap vers l’équité. En revanche, les soins dentaires qui devaient être intégré en 2012 ne le sont pas encore.
L’AMO couvre les ayants droits (femmes, enfants). Elle vient d’être étendue aux veuves, veufs et orphelins (soit près de 800 000 personnes). Préalablement couverts jusqu’à l’âge de 12 ans, les enfants sont désormais couverts jusqu’à 26 ans, quand ils peuvent justifier qu’ils sont scolarisés, alors que les enfants handicapés sont couverts à vie.
La suppression du ticket modérateur pour certaines affections de longue durée, ALD, mis en œuvre en 2007 (et étendu en 2009) est également une avancée majeure. Les assurés souffrant d’une ALD bénéficient d’une prise en charge totale.
Pour autant, le système connaît une série de limites, voire de dysfonctionnements. Avec une multitude de systèmes (Cnops, CNSS,, assurances privées et régimes internes à certaines grandes entreprises) on se retrouve avec une disparité de prises en charge. Partant, la fusion de ces régimes en une seule caisse maladie à l’image des pays avancés serait une solution idoine.
Par ailleurs, les patients affiliés à l’AMO souffrent du fait qu’ils doivent avancer les frais des médicaments onéreux et attendre le remboursement qui peut tarder à venir. Nombreux sont ceux qui abandonnent à mi-chemin. Le système du tiers payant pourrait, en effet, être une bonne solution pour améliorer la donne. Il est doublement intéressant car il permet à la fois la rationalisation des dépenses de soins des organismes de remboursement et l’amélioration de la santé des malades.
Risque d’essoufflement
Autres bémols, non des moindres, ce sont le coût des médicaments, des actes de biologie et de radiologie. Au démarrage, 1001 médicaments étaient admis au remboursement. Cette liste est passée à 1103 médicaments dans un deuxième temps. Actuellement, 3262 médicaments sont admis au remboursement. Pour préserver ces acquis en termes de protection sociale, et assurer la pérennité de ce dispositif, il est impératif de rationaliser les dépenses en médicament et autres postes budgétaires. En 2011, une croissance de 173 % du budget réservé à l’achat de médicaments a été enregistrée. Soit 1.5 milliards en 2011 contre 484 millions en 2007. La baisse du prix des médicaments qui restent, malgré la baisse opérée après le rapport de la commission parlementaire, trop élevé devrait contribuer à un meilleur équilibre des caisses.
Leila Ouazry
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Chiffres clefs 2011
-Population éligible :
4,1 millions
-Population payant les droits ouverts : 3,2 millions
-Nombre de dossiers
déposés/jour : 6 643 dossiers
-Délai moyen de
remboursement : 26 jours
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