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Secteur pétrolier : Les banques, béquilles de la compensation !



Si le problème des arriérés de l’Etat de manière générale est un handicap pour le fonctionnement de l’économie, celui propre au secteur de l’énergie et du pétrole l’est d’autant plus qu’il se rapporte à plus de 16 milliards de dirhams. C’est le montant de la compensation des prix que l’Etat doit à ce jour à différents opérateurs concernés du secteur énergétique. Pourtant, ce sont trois enveloppes successives de plus de 4 milliards de dirhams chacune qui viennent d’être versées aux sociétés pétrolières sur les mois de février, mars et avril, après la rupture de janvier due au retard des décalages budgétaires conséquents au retard de la mise en oeuvre de la loi de finances 2012.

Et à chaque fois, les opérateurs sont servis pour le règlement de leurs anciennes factures dans l’ordre chronologique. Tous les mois, cette dette augmente et se cumule de plus de 4 milliards de dirhams environ. Et, tant que les règlements sont équivalents au dû mensuel du secteur, la dette de celui-ci vis-à-vis de l’Etat ne s’aggrave pas. Par contre, quand la consommation augmente pour une quelconque raison, les pétroliers créent plus de dettes, le versement mensuel de l’Etat devient inférieur à celles-ci et les arriérés se creusent. Il faut rappeler que chaque litre servi à la pompe fait l’objet d’un soutient de l’Etat de 4 dirhams. C’est ainsi qu’en janvier, quand il n’y a pas eu de paiements pour alléger les arriérés, la créance des pétroliers sur l’Etat a augmenté. Et si elle était de 15 milliards de dirhams à fin décembre 2011, elle a été portée à 19 Mrd Dh à fin janvier 2012 parce que ce mois là, il n’y a pas eu de paiements.

Aujourd’hui donc et malgré la régularité des paiements engagés, le problème reste entier quand on évalue les arriérés de l’Etat vis-à-vis de la profession et qui s’élèvent à plus de 16 milliards de dirhams.  Ce montant colossal pèse sur les sociétés pétrolières qui dépendent essentiellement pour leur financement des banques lesquelles se substituent à l’Etat en attendant les versements au titre de la compensation. Sauf que cela coûte cher aux pétroliers qui supportent des frais financiers très lourds et qui obèrent leurs résultats.  Certes, la situation est plus lourde pour certains que pour d’autres dont les arriérés de paiements en question constituent entre 4 à 6 mois de chiffre d’affaires.

La profession, constituée en association des pétroliers, interpelle les ministères de l’Energie et des affaires générales, leurs interlocuteurs, pour exposer leurs préoccupations de telle sorte que l’activité de distribution des carburants au Maroc ne soit pas perturbée.

Si jusqu’à présent les sociétés prennent sur elles, il n’est pas exclu qu’elles connaissent une crise de liquidités à laquelle elles ne pourraient faire face, car la situation des entreprises de ce secteur va de mal en pis.

Pour l’heure, les banques soutiennent le secteur y compris pour des raisons politiques sans quoi il y  aurait déjà eu des faillites vu les montants colossaux non recouvrés par l’État au titre de la compensation du prix des carburants.

M. Nizar Baraka, ministre de l’Économie et des Finances, étudie pour sa part une solution technique qui pourrait apporter une autre source de refinancement aux pétroliers. Il s’agit de la titrisation de la dette de l’Etat à l’égard des sociétés pétrolières.

Interrogé sur ce point, le manager d’une société de distribution de carburants reconnait «que l’idée est intéressante mais qu’il faudrait en regarder les modalités».

En transformant leurs dettes en papier ou titres négociables, les pétroliers pourraient vendre leurs dettes à un fonds commun de placement ou tout organisme qui gère le placement de l’épargne. Mais il faudrait que le taux d’intérêt soit inférieur aux taux appliqués par les banques pour le financement du secteur afin que les sociétés concernées s’intéressent à ce moyen de refinancement innovant.

Les facteurs exogènes

Mais, ces calculs et hypothèses ne sauraient ignorer le fait que les prix du pétrole sont sujets à une variation systémique.

Ils peuvent flamber pour des causes géopolitiques, comme le blocage du Détroit d’Ormuz envisagé par l’Iran en cas d’attaque par Israël de ses sites nucléaires. Ainsi, le baril pourrait monter très vite et très haut,  à 200 dollars et plus. Mais le contraire pourrait aussi se produire s’il y avait un défaut sur la dette espagnole et que les taux de refinancements espagnols dépassent les 7 %. Une telle crise de financement de ce pays engendrerait l’effondrement des prix du pétrole comme ce fut le cas en 2009 avec l’enclenchement de la crise financière au niveau mondial, quand le prix était descendu à 40 dollars le baril.

Tout cela pour dire qu’il est très difficile pour le Maroc de ne pas envisager qu’une hausse des prix impose encore plus de compensation donc plus de dette à l’égard des pétroliers.

C’est donc, à plus d’un titre que cette situation devient très difficile sur le plan économique, pour l’Etat d’abord qui doit assumer ses devoirs envers les pétroliers, pour les sociétés concernées qui n’ont pas vocation à créer une créance envers l’Etat, pour les banques qui soutiennent déjà les entreprises de secteurs sinistrés par la crise européenne comme l’export, le tourisme, mais aussi la PME etc… tout en refinançant à hauteur de 15 milliards de dirhams, le secteur de la distribution de carburants….

Afifa Dassouli

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