Outre la mise au point sur la conjoncture économique et financière, le CMC a émis plusieurs recommandations dont : la mise en place d’une loi de finances rectificative, l’amnistie fiscale, la sortie du Trésor sur le marché international des capitaux et la tenue des Assises sociales.
C’est un tableau globalement sombre des finances et de l’économie marocaine qu’a dressé le Centre Marocain de Conjoncture (CMC) lors d’une rencontre avec la presse à l’occasion de la sortie de son Rapport annuel intitulé : «Perspectives de croissance dans le cadre du nouveau contexte 2012-2013». Faible croissance, hausse du chômage, pouvoir d’achat en mal de mécanismes de soutien, déficit commercial abyssal, déficits jumeaux (budgétaire et opérations courantes) inquiétants, etc, bref, pour le CMC, l’économie marocaine est loin d’afficher le tableau reluisant que lui tissent pouvoir public et autres institutions internationales.
Selon le CMC, les pronostics de croissance pour l’année 2012 semblent converger vers un tassement de l’activité du fait d’une contraction de celle-ci qui commence à gagner nombre de secteurs de production. Du coup, on sera très loin des prévisions de croissance du Gouvernement qui table sur une hausse de 5,5 % du PIB au titre de l’année 2012. Dans ce contexte, le CMC a revu ses prévisions de croissance réalisées en janvier 2012 légèrement à la baisse en ne tablant désormais que sur une croissance de 3%, contre 3,2% auparavant. Cette révision étant justifiée par le niveau de la production céréalière (50 millions de quintaux), le repli des marchés de l’export à cause de la crise dans la zone euro, le ralentissement de la demande intérieure, etc. A ce niveau, le CMC reste encore plus optimiste que le Haut Commissariat au Plan (HCP) qui prévoit une croissance du PIB de l’ordre de 2,4 % pour 2012.
Parallèlement, la balance des opérations courantes dont le déficit s’était établi à 8,1 % du PIB en 2011 ne devrait pas connaître d’amélioration sensible partant de l’aggravation du déficit commercial durant les 6 premiers mois de l’année en cours et de l’impact de la crise de la zone euro sur les transferts des MRE et des recettes touristiques.
De même, le niveau du chômage, après avoir atteint environ 10 % en 2011, devrait continuer à croître de près d’un point sous l’effet de l’arrivée sur le marché de nouveaux demandeurs d’emplois et de la faiblesse des recrutements consécutive au ralentissement de la croissance économique.
Une loi de finances rectificative
Concernant les équilibres financiers, le CMC souligne que devant la forte expansion des charges de compensation, la situation des finances publiques pourrait connaître des dérapages importants en l’absence de mesures correctrices adéquates d’une certaines envergure. Sur ce point, la mesure prise dernièrement par le Gouvernement en rehaussant les prix des carburants va permettre à l’Etat de réaliser une économie d’environ 5 milliards de dirhams et atténuer un peu le niveau du déficit budgétaire. Ainsi, le CMC table sur un déficit budgétaire de plus de 4 % du PIB en 2012, donc un niveau en ligne avec les prévisions de la loi de finances 2012 (5 %).
L’autre facteur d’inquiétude est relatif à l’inflation qui risque d’être exacerbée, selon les conjoncturistes du CMC, par la révision à la hausse des prix de certains produits pétroliers qui, au vu de la structure des coûts, devrait entrainer des hausses en cascade des prix de plusieurs produits et services du fait de leur impact sur le coût du transport. Ainsi, le niveau de l’inflation devrait s’établir entre 3,5 % et 4 % en 2012, dépassant ainsi largement les 2 % annoncés dans la loi de finances.
Conséquence, «du fait du caractère caduque de plusieurs hypothèses de base ayant trait à la confection de la loi de Finances 2012 (prix du baril de pétrole à 100 dollars, production céréalière, reprise de la zone euro, etc.), le budget est incapable de faire face à la conjoncture actuelle. Du coup, il faut une loi de finance rectificative», a souligné M. El Maliki.
Un nouveau modèle de croissance !
Par ailleurs, la dégradation de la conjoncture économique et financière pousse les analystes du CMC à se demander si le modèle de croissance adopté par le Maroc est pertinent. Globalement, souligne M. El Maliki, ce modèle repose sur : le développement du secteur privé, la libéralisation des marchés financiers et l’ouverture économique du Maroc. Ce modèle semble aujourd’hui connaître des signes d’essoufflement. De ce fait, malgré un investissement public important, représentant 30 % de la FBCF (Formation brute du capital fixe), en terme d’efficacité (croissance du PIB, réduction du chômage et de la pauvreté, etc.), l’impact de ces investissements est jugé négligeable. De même, au niveau de l’ouverture de l’économie nationale sur l’extérieur, le secteur exportateur marocain demeure très peu performant, comme en atteste le niveau abyssal du déficit commercial.
Face à cette situation, le CMC souligne la nécessité de jeter les bases d’un nouveau modèle de croissance qui favoriserait les populations vulnérables et la classe moyenne. «Il faut un modèle de croissance d’inclusion pour élargir le marché intérieur qui est le moteur de la croissance économique», a expliqué M. El Maliki. De même, «il faut soutenir la mise en place d’un secteur exportateur plus dynamique et compétitif», ajoute t-il.
Enfin, pour 2013, le CMC prévoit un taux de croissance de l’ordre de 4,1 % grâce notamment à la reprise annoncée de l’économie mondiale avec une croissance de l’ordre de 4 % et surtout l’espoir que l’année agricole 2012/2013 sera meilleure.
Reste que malgré cette reprise, «la croissance attendue pour 2013 sera faible pour placer le Maroc sur le palier de croissance du peloton de tête des pays émergents», a expliqué M. El Maliki, qui ajoute qu’«il faut une croissance de l’ordre de 7 % pour atteindre ce palier».
Moussa Diop
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Amnistie fiscale pour faire face au climat d’attentisme des opérateurs
Afin d’améliorer la conjoncture économique difficile, le CMC a émis un certain nombre de recommandations :
- Amnistie fiscale : le CMC juge qu’une telle mesure de politique économique pourra redonner un signal fort au monde des affaires et atténuer ainsi le climat d’attentisme des opérateurs économiques. Les analystes du CMC estiment que les amnisties fiscales passées se sont traduites par une hausse des recettes fiscales. Pour rappel, la dernière amnistie fiscale date de 1998.
- Emprunt à l’international : pour assurer les besoins de financement du Trésor, le CMC juge nécessaire et vital de recourir au marché des capitaux international. Outre le fait que le niveau d’endettement extérieur du Royaume laisse encore des marges pour le Trésor, ce recours au marché international permettra d’atténuer la pression sur le marché intérieur et éviter ainsi l’effet d’éviction que le Trésor exerce sur celui-ci.
- «Assises sociales» : le CMC appelle à la tenue d’Assises sociales, une sorte de concertation nationale réunissant divers profils (politiques, universitaires, sociétés civiles, etc.) pour définir une véritable politique sociale intégrée (éducation, santé, emploi, logement, etc.), une sorte de feuille de route à même de contribuer à la résorption des déficits sociaux du Royaume.
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