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Casa des années 60, Souvenirs, souvenirs… par Randolph Benzaquen

Notre ami Randolph Benzaquen est de retour sur LNT.ma cette fois avec un témoignage authentique sur la vie à Casablanca dans les années 60. Un voyage dans le temps pour certains, de l’histoire pour d’autres, le récit ne laissera en tout cas pas indifférents les Casaouis qui déplorent sûrement l’état de leur ville. Le lecteur pourra compléter sa lecture sur notre site par un écrit de fiction qui imagine que d’illustres Casablancais reviennent pour reprendre en main la ville. Cet article est illustré par une vidéo trouvée sur YouTube, un document rare sur le Maroc sous le protectorat et la ville de Casablanca dans les années 50. Des images certes datant de quelques années avant le récit proposé ici par Randolph Benzaquen, mais qui ne manqueront pas d’illustrer son propos. 


Casablanca dans les années 1960 était une ville pleine de charme. Elle n’avait pas l’effervescence des grandes villes. De ses rues émanait une quiétude qui me faisait rêver.

La jeunesse que nous représentions était surtout composée de Français et de quelques Marocains, Espagnols et Italiens.

Nous allions de quartier en quartier. Au Maarif avec ses Espagnols jaloux, nous n’osions même pas regarder les filles car cela dégénérait rapidement en bagarre. Les filles devaient supporter leur grand frère macho. Bourgogne avec beaucoup d’Italiens. La place de Verdun et ses environs avec sa communauté juive.

Nos distractions étaient centrées sur la plage, les cinémas et les surprises-parties.

Je me déplaçais sur un Rumi, scooter à la mode à l’époque. Les jeunes filles se retournaient en entendant son bruit rageur caractéristique. Cela nous permettait de tchatcher (se faire valoir) et de les draguer (courtiser) plus facilement.

La Corniche a toujours été le point fort de Casablanca avec son panorama sur la mer et ses piscines en enfilade.

Pendant longtemps, notre préférence s’est portée sur la piscine Tahiti, car nous pouvions jouer à “tchitcha la fava’’,  Jeu qui consiste à opposer deux équipes. Une première avec un homme qui s’appuie contre un mur et sert d’oreiller aux cinq où six autres qui sont penchés, la tête coincée entre les cuisses de celui qui le précède, les bras enserrant le bassin pour affermir la colonne. Les six autres comportant l’autre équipe, s’élancent en courant, prenant appui sur les reins du premier et atterrissant le plus loin possible sur les dos courbés en criant ’’tchitcha la fava’’. C’était une sorte de saute-mouton viril.

Les torsions de colonne vertébrale étaient fréquentes, car lorsque nous étions assis à califourchon sur le dos des adversaires, nous n’avions pas le droit de bouger et l’équipe adverse devait encaisser, sans tomber, le poids des six autres participants et ainsi gagner. Les filles nous encourageaient. Mais pour que la colonne s’écroule, nous sautions sans penser aux conséquences.

En pleine adolescence, nous passions des après-midi entiers au Tonga, grande cabane au bord de l’eau où nous dansions le rock’n roll, bercés par Fats Domino.

Les responsables râlaient lorsque nous mettions des slows dans le juke-box : “Voyons en maillot de bain !” Ils avaient peur que l’on «zlague» (s’embrasser sur la bouche).

Le cœur battant, nos premiers amours commençaient à germer.

Parfois nous faisions des incursions à la piscine du Kon Tiki, beaucoup plus souvent à Miami avec son avancée rocheuse d’où nous pouvions plonger en pleine mer et d’où nous ressortions parfois plein d’épines d’oursins.

La piscine du Miami jouxtait le Sun Beach que nous boudions car c’était un club privé, un peu huppé. Au Miami, nous nous sentions plus libres et sa piscine balayée par les vagues par mer forte, nous ravissait.

Le samedi soir, nous allions danser au Rayon Vert, dancing du Miami, où parfois la concurrence masculine des G.I’s de l’armée américaine provoquait des bagarres avec les jeunes.

Plus tard, fréquenté plus sélectivement, il y avait le Zoom Zoom, animé par Philippe Campeggi, un danseur de batucada brésilienne, sympathique et infatigable. Sans oublier l’Abreuvoir, boîte de nuit animée, avec son âne à l’entrée.

Entre autres distractions, il y avait les surprises-parties, organisées chaque semaine dans des maisons différentes.

Les filles assises d’un côté de la pièce sur des chaises, les garçons de l’autre côté. Nous devions nous lever devant tout le monde pour inviter l’élue : “Vous dansez mademoiselle ?” Avec la peur d’un refus. Quelle ahchouma ! (honte).

Les cinémas également occupaient nos fins de semaines. La télévision n’avait pas envahi les demeures. Les “matinées enfantines”, le dimanche matin au cinéma Lynx, n’étaient pas si enfantines, surtout au balcon dans les derniers rangs. Il y avait toujours quelqu’un pour crier:  « Eteindez » (sic!) la lumière, commencez l’cinima”.

Pendant l’entracte, au cinéma Lutétia et au Liberté, nous admirions les posters d’acteurs d’Hollywood, bien entendu, en nous régalant d’une glace Pingouin au nougat.

Les cinémas Empire et ABC, sur le boulevard de la Gare, passaient des documentaires de voyages, présentés par le cinéaste en personne. Les voyages me trottaient dans la tête, ils prenaient forme.

Un autre point de rencontre était le glacier Oliveri. Habitué à ses glaces depuis tout jeune, je n’ai jamais trouvé de glaces aussi savoureuses. Son scopitone avec le film de Fernand Reynaud, « le 22 à Asnières », nous faisait nous tordre de rire. La crêperie Le Teufteuf, non loin, était aussi notre petit fief. Le vendeur d’amandes grillées passait tous les après-midi en criant : “ Almendras kilométricas ”.

Hors de Casa, nous allions, soit vers le sud à la Desserte des plages, soit vers le nord vers Manessmann, Pont Blondin ou Bouznika, plus loin, mais moins fréquentée et plus sauvage, sans oublier Fédala, les forêts de l’oued Néfifik et Camp Boulhaut.

La station de ski de l’Oukaïmeden, située après Marrakech à 2500 mètres d’altitude, nous a remplis la tête de souvenirs. Pour nous y rendre, la route était étroite, sinueuse, souvent bloquée par des éboulis rocheux qui dévalaient la montagne. Les précipices nous faisaient frémir.

Nous dormions chez Juju et dansions aux deux Corbacs tenu par Pierrot Armand, un bel homme, plein de charme.

Sur la route, l’arrêt dans la petite ville de Settat était presque obligatoire. C’était un point de rencontre où nous buvions de délicieux jus de fruits naturels.

La découverte du Surf en 1967 a changé notre mode de vie.

Nous allions chercher des planches à Kénitra à la base américaine. Les militaires n’étaient pas du tout rigides et semblaient même un peu hippies.

Nous en profitions pour manger des crêpes au sirop d’érable au restaurant L’El Dorado, avec sa musique américaine et ses chansons d’Adamo. Et nous surfions la belle vague de Mehdia, station balnéaire au charme ancien avec sa plage de sable fin. Son casino en bois, complètement délaissé, nous racontait toute son histoire. Nous dormions sur la jetée, à quelques mètres des vagues entre l’océan et l’embouchure de l’oued Sebou.

Mais quelque part, cette jeunesse ne me surprenait plus. J’avais besoin de casser le carcan des habitudes. Les films de ‘’Connaissance du Monde’’ du cinéma ABC m’avaient influencé. Il me fallait plus que les balades dans l’Atlas où les séjours de surf à Taghazout à la pointe des Ancres pour me satisfaire…

Randolph Benzaquen

 

LNT.ma présentera à ses lecteurs dans les semaines à venir et de manière régulière la suite de ce récit qui, contre toute attente, ne se prolongera pas au Maroc, mais au coeur de l’Afrique. L’occasion pour nos lecteurs de découvrir les péripéties d’un voyage épique de deux jeunes amis casablancais au volant d’un 4×4 qu’ils baptiseront “Matameye” et qui les emmènera à travers le Sahara jusqu’en Afrique Noire. Des carnets de voyage bientôt disponibles sur notre portail. 

 

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Commentaires

  1. Je fais parti des générations suivantes, les années 80. Mais parents, nés à Marrakech (comme moi d’ailleurs) dans les années 1945, m’ont offert une enfance dorée, dans ce Maroc magique. Je suis pas de la mm génération que notre écrivain (que j’embrasse ! Salam mon pote! ) mais je le retrouve dans ce récit et l’ambiance qu’il dégage. Je pense que c’est à cause de ce sentiment profond d’être né au Maroc, “pied noir” nous sommes, pied noir nous l’avons vécu, et pied noir nous mourrons fier de l’avoir été! Merci A Rhoya (mon frère) d’ecrire tes souvenirs passés, tu ravives les miens! A quand la suite? Yannick Schweizer de Dahomey plage…

    Redigé par : Schweizer
  2. Jamais d’aussi beaux souvenirs n’ont été aussi bien décrits !!! Beaucoup d’émotion , un grand merci !!!

    Redigé par : Nanou
  3. Randolph
    Un souvenir de glandeur toujours en mouvement petit mais sympa
    Les frères deconclois et leur boom remplie de filles essentiellement françaises j’étais le seul juif ….Le pousse pousse parisien magasin de jouet de leur père qui m’invitait au repas du dimanche avec un gigot saignant quand chez nous on bouffait trop cuit
    Le temps paraissait si long que l’on avait l’impression de s’emmerder Je ne rêvais que de partir ..A nous Paris et le monde Les parisiennes les suédoises etc.
    Beaucoup de beaux souvenirs au Maroc mais aucune nostalgie

    Redigé par : Azoulay
  4. Magnifique résume de notre jeunesse Randolph.
    Je n’oublierai jamais la Tiger 110 avec guidon easy rider que tu m’avais vendue.
    Continu tu as une belle plume.
    Amitiés.

    Redigé par : Patrick Moreau
  5. Merci Randolphe, que de souvenirs, trés nostalgique de cette époque. Nous nous retrouvons une fois par an avec des anciens de cette époque, malheureusement en France.
    Cordialement

    Redigé par : Jacques Laurichesse
  6. Merci Randolph tu m’as fait revivre des tas de bons souvenirs

    Redigé par : Gicquel
  7. Randolph tu parle de la période ou la majorité des marocains n avais pas les moyens d aller a tahiti , ce sont juste les gens huppé qui avait de l argent pour aller voir ca a vrai dire je trouve l article un peu lent

    Redigé par : najat
  8. Randolph, quelle surprise de te lire grâce à un ami de Tahiti! On attend la suite avec impatience, ( les années 70!) , et bravo de mettre en mots tous ces souvenirs!
    Je t’embrasse, à très bientôt,

    Redigé par : Caroline
  9. que de souvenirs mon cher Randolph 10000 baisers tendres vieux grigou

    Redigé par : eskenazy sophie
  10. bons souvenirs d’une époque ou les gens étaient plus natures et plus vrais merci à toi

    Redigé par : norbeau