Accueil » Culture » Hong-Kong, aux portes de la Chine – par Randolph Benzaquen

Hong-Kong, aux portes de la Chine – par Randolph Benzaquen



Randolph nous fait voyager cette semaine, direction Hong-Kong en Chine. Mieux encore, il nous raconte ici un voyage qui date du début des années 80, soit bien avant que Hong-Kong soit rétrocédée à la Chine par le Royaume-Uni. C’est donc un voyage dans l’espace et le temps à la rencontre d’une culture chinoise encore bien souvent méconnue chez nous en dehors des caricatures qui nous parviennent. Randolph lui ne s’y trompe pas, il recherche un contact authentique et ses mots réussissent à nous le faire ressentir. Embarquement immédiat, le pilote Randolph vous souhaite une excellente lecture. 

En 1981, avec mon ami Thierry Cabot, nous avons décidé d’aller en Chine. Nous nous sommes donc rendus à l’ambassade de la République Populaire de Chine à Rabat pour obtenir les visas. Malgré nos différentes démarches, nous n’arrivions pas à obtenir ces documents. La Chine ne s’était pas encore ouverte à l’Occident et restait fermée au tourisme. C’est cela qui excitait notre curiosité. La découverte d’un monde encore ‘’vierge’’ de toute influence étrangère et surtout occidentale. Nous avions obtenus quelques informations d’une amie chinoise Maï Linh qui avait passé des vacances au Maroc. Elle était de Hong Kong et nous avait conseillé des endroits typiques, des restaurants, des quartiers à visiter. Nous nous sommes dits : ‘’Hong Kong est sous influence britannique, peut-être que sur place ce sera beaucoup plus facile d’avoir ces laissez-passer’’. Après un long vol sans problème, avec escale à Dubaï, nous sommes arrivés à Hong Kong. Avant même d’atterrir, j’ai été impressionné, en regardant à travers le hublot de l’avion, par la densité des immeubles.

Hong Kong est une des métropoles les plus peuplées au monde, ouverte sur la mer de Chine méridionale, située sur la rive orientale de la Rivière des Perles. On distingue trois parties de Hong Kong :
- L’île de Hong Kong dans le sud dont les quartiers de Central et de Wan Chain forment le cœur politique.

- Kowloon qui fait face à l’île où le niveau moyen est bien moins élevé que sur l’île.

- Les nouveaux territoires qui englobent plus de 80 pour cent de la surface de Hong Kong et où l’on peut voir les pêcheurs vivre de façon traditionnelle.
Au 19ème siècle, l’Angleterre poussait la Chine à consommer de l’opium. Mais la Chine s’est révoltée et l’Angleterre lui a déclaré la guerre. Le trafic était beaucoup trop florissant.

Après avoir gagné cette guerre de l’opium, l’Angleterre a obtenu Hong Kong en dédommagement. Hong Kong qui deviendra le New York asiatique et sera rétrocédée à la Chine en 1997 après cent cinquante six ans de domination britannique. Notre premier objectif est de trouver un hôtel, car il nous faut un point d’attache dans cette ville géante. Le guide du routard nous a orienté vers le YMCA, un hôtel confortable et à notre portée. De la fenêtre de notre chambre, nous voyons des terrasses d’immeubles pleines de gens qui font du sport ; car le moindre centimètre carré doit être utilisé. Tout d’abord nous devons changer de l’argent. Nous nous rendons à la banque en taxi, en roulant à gauche, et sur place, nous sommes impressionnés par l’efficacité des employés. En quelques minutes tout était réglé avec le sourire et en silence. Hong Kong est un des plus grand centre financier au monde. 7 dollars HK = 1 dollar US. Puis direction l’ambassade de Grande Bretagne pour obtenir les visas pour la Chine. Cela semble beaucoup plus simple qu’au Maroc et on nous demande de revenir dans deux jours.

Pendant ce temps, nous allons visiter la ville la plus riche de Chine dont l’économie est une des plus libérales au monde. Les moyens de transport sont multiples : réseau de tramway, taxis, nombreuses lignes de bus, service de ferry (le Star Ferry est une des icônes de Hong Kong). On est surpris par le contraste saisissant des gens habillés à la dernière mode européenne ou vêtus des vêtements chinois traditionnels. Nous effectuons une petite visite au « Peninsula Hôtel », les Rolls Royce à l’entrée nous donnent la température. Le luxe, la beauté, l’équilibre dégagent beaucoup d’harmonie. Hong Kong détient le record du plus grand nombre de millionnaires et du plus grand nombre de Rolls Royce. Il faut savoir que les chinois sont maîtres en Feng Shui, qui est un art chinois millénaire dont le but est d’harmoniser les énergies cosmiques environnementales d’un lieu de manière à favoriser la santé, le bien-être et la prospérité de ses occupants. La vie est dominée par les symboles, les présages qu’il faut accomplir pour que la chance leur soit favorable.

Le chiffre 4 est synonyme de mort. Aucun immeuble n’aura de quatrième étage, si c’est le cas, il ne sera habité que par des étrangers. Le chiffre 4 n’apparaît pas dans les numéros de téléphone, dans les plaques d’immatriculation. D’ailleurs, la ville la plus riche du monde a son supermarché de la mort. On y trouve les objets à brûler pour qu’ils partent dans l’au-delà avec le défunt. Cela va plus loin que l’univers de consommation. Il faut recréer ce qu’aimait la personne et ensuite tout part en fumée. Si les bâtiments ne sont pas Feng Shui, aucun chinois ne s’y rendrait. Je cherche la Chine, la vraie. C’est pour elle que je me trouve là. Il suffit de regarder vers le bras de mer entre Hong Kong et Kowloon, de voir les sampans et surtout les jonques chinoises à structure en bambous et à voile « trois quarts » entièrement lattées pour comprendre que la culture chinoise a perduré.

Le restaurant où nous déjeunons est hors-norme, des allées de tables se succèdent par centaines. Des dizaines de serveurs poussent des chariots dans lesquels les plats restent au chaud. Nous savions ce que nous voulions déjeuner, mais pour nous faire comprendre avec notre intonation en chinois, cela a été très laborieux. Sans l’intonation le chinois est incompréhensible. Un tel brassage de clients nous impressionne, surtout que la qualité et le service sont parfaits. Ensuite, nous suivons le flot des gens pour visiter Hong Kong. Nous sommes constamment entourés par la foule mais comme nous ne comprenons pas le chinois, notre esprit reste libre, il n’est pas perturbé par ce bruit de fond qui nous fait voyager.

Les boutiques d’objets en ivoire, les bijoux en or, les colliers de perles de toutes les couleurs, les figurines de jade nous ont emballés. Quand on voit ce que proposent les boutiques d’herbes médicinales chinoises, on se demande comment les chinois peuvent tomber malade.

A Kowloon, nous nous rendons dans des marchés en plein air.
- Le marché au jade est pittoresque.

- Le marché aux fleurs est un enchantement d’odeur, de couleurs et de raffinement.

- Le marché aux oiseaux où toutes sortes d’oiseaux siffleurs nous accueillent en musique. On y trouve tout le nécessaire, des cages aux insectes. Mais cette tradition chinoise revient chère car il faut les nourrir de sauterelles : 20 à 40 par jour.

- Le marché aux poissons rouges où des milliers de poissons évoluent dans des aquariums en plastique.

Tous ces endroits recèlent des trésors qui ne demandent qu’à être découverts. Le temple rouge et or de Sik Sik Yuen Wong Tai montre un Hong Kong spirituel. Dans une ambiance bruyante de fumée d’encens de prières et d’offrandes, les habitants de Hong Kong viennent découvrir leur avenir en secouant des bâtons de divination. A Kowloon, la densité de population est particulièrement élevée. On le sent bien dans Nathan Road, une gigantesque rue commerçante de plus de trois kilomètres où règne une activité frénétique. En se baladant dans le tramway, on se rend compte de l’effervescence de Hong Kong. Des centaines d’immeubles se succèdent dans toutes les directions sur des kilomètres. Les gens ont beaucoup de tolérance, d’hospitalité, même de cordialité mais ils restent tout de même insondables. Nous avons mangé dans un restaurant où l’on choisissait sa nourriture dans l’aquarium. Le repas a été d’une délicatesse extrême.

Nous avons passé la soirée dans un restaurant où les cuisiniers préparaient les pâtes à la main devant nous. Dans un décor très chaleureux, feutré ; invités par des amis de Maï Linh qui voulaient nous faire découvrir ce lieu si typique de Hong Kong. C’était étrange de voir ces hommes jongler avec la pâte en l’étirant habilement dans tous les sens au milieu de ce luxe. En souriant, nos amis nous disent qu’à Hong Kong on parle cantonnais, mandarin, anglais et chiffres. De nuit, nous sommes montés en haut du Peak Victoria (554 m d’altitude), en empruntant un funiculaire.

En grimpant sur la pente raide, nous voyons les buildings jaillir de la terre. Au sommet, la vue de la ville illuminée de mille feux est époustouflante. Les gratte-ciel montent vers le ciel comme des colonnes de lumière, les milliers de néons clignotent comme un cœur qui bat, avec pour arrière plan les eaux sombres de la baie de Hong Kong. Je me demande comment ils ont fait pour ériger ces buildings, aussi serrés les uns aux autres. C’est très rare d’avoir l’occasion de voir à ses pieds une ville offerte comme un bijou flamboyant.

Les chinois sont travailleurs et efficaces. Dans une boutique de tissus, le vendeur voyant que je m’attardais sur les motifs d’une pièce de tissu en soie, a proposé de me confectionner des kimonos sur mesure en quelques heures. La vitesse avec laquelle il a calculé sur un boulier le prix à payer nous a étonné. On veut quitter la foule grouillante et nous décidons de passer la journée à la plage de ‘’Repulse Bay’’. Le bus que nous empruntons pour nous y rendre nous fait visiter tous les alentours de Hong Kong et les jardins qui conduisent à la plage sont dominés par des statues de Kwun Yun et Tin Han, les deux divinités qui protègent les pêcheurs. Là, nous respirons plus librement. Je garde pour la fin Aberdeen qui est une ville portuaire de Hong Kong connue pour ses habitants vivants dans des bateaux et ses restaurants de mer flottants gigantesques dont le fameux Jumbo Kingdom (1200 couverts). Des centaines de bateaux, de jonques, de sampans forment une ville flottante pleine d’animation. Cet authentique marché au poisson chinois est certainement l’un des endroits les plus dépaysants qui soient pour les visiteurs.

En sampan, nous avons louvoyé entre les jonques et les gros navires. Je ne me sentais pas très rassuré en passant tout près de la coque noire et menaçante des gros navires. Mais sur cette embarcation, je me trouvais vraiment en Chine. La balade nous a tellement plu, que nous avons décidé, si le visa est trop difficile à obtenir, de partir en jonque visiter différentes îles autour de Hong Kong. L’expérience sera totalement chinoise. Je me vois débarquant en mer de Chine sur des îlots vierges ou peu habités. Vivre avec une famille chinoise, dormir sur le bateau avec eux tout en voyageant me tente énormément surtout que le contact auprès de ces gens simples est très enrichissant. C’est ce que nous recherchons et cela mérite qu’on l’approfondisse. Tout est nouveau pour nous et nos sens sont aiguisés par ce que nous découvrons. On sent dans Hong Kong, une telle faculté d’adaptation que sa restitution à la Chine se fera certainement avec souplesse et avec profit.

Randolph Benzaquen

Plus d'infos

actualités maroc : Un film austro-allemand tourné à Marrakech

Un film austro-allemand tourné à Marrakech

Plusieurs séquences d’un long métrage intitulé “Die Mamba” (Mamba est mort), une production germano-autrichienne, ont été tournées mercredi soir et jeudi, dans certains espaces…

actualités maroc : L’anthologie de la musique Hassanie

L’anthologie de la musique Hassanie

    Réalisée par le Centre des études saharienne sis à la Faculté des Lettres et des Sciences de l’Université Mohamed V- Agdal. Cette anthologie célèbre l’héritage culturel imma…

actualités maroc : Fouad Laroui au CCF : Monsieur De…

Fouad Laroui au CCF : Monsieur De…

L’institut français de Casablanca a organisé, mardi 21 mai 2013, une rencontre littéraire avec le romancier, poète, nouvelliste, chroniqueur et économiste Fouad Laroui, animée par Habib Hemche…

Commentaires

  1. Azul M. Benzaquen,

    J’espère que vous allez publier des livres pour recueillir vos histoires intéressantes de toute une vie dans des volumes que nous pouvons lire et étudier dans les universités.

    Avec mes meilleurs vœux,
    Jamal Bahmad

    Redigé par : Jamal