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Abderrahmane Ouardane : le peintre de la femme

Prolifique, dynamique, Abderrahmane Ouardane a commencé à exposer ses œuvres très tôt. Il est connu pour avoir peint la femme nue mais aussi voilée. À tel point qu’on l’a surnommé «le peintre de la femme». À l’occasion de sa participation à la Biennale de Dakar 2012, la Nouvelle Tribune lui a posé quelques questions afin de mieux cerner l’univers de cet artiste atypique.  

 

 

La Nouvelle Tribune : Pouvez-vous nous décrire votre parcours artistique ?  

Abderahmane Ouardane :  Après mes études au sein des ateliers artistiques de Thur-Paris, je me suis consacré pendant près d’une vingtaine d’années à peindre la femme dans tous ses états. Au fil des années, j’ai fini par développer une passion inavouée pour la femme d’Imilchil. Cela m’a valu le titre de «Ouardane, peintre de la femme». À la fin des années 2000, j’ai commencé à m’intéresser à la représentation figurative, cela m’a conduit, tout naturellement, vers le champ de l’abstraction avec une prédilection prononcée pour le signe, le symbole et l’allégorie. À ce stade-là, j’ai commencé à rejeter toutes les pratiques conventionnelles. J’ai oublié vite le chevalet, les pinceaux et les tubes de peintures pour recourir à des ingrédients naturels tels que le charbon écrasé, le brou de noix ou le safran. 

Quelle est votre conception de l’art ? 

Au début de ma carrière l’art était pour moi cette vocation d’exprimer différemment les belles choses qui nous attirent ou qui nous manquent. Aujourd’hui, ma perception a totalement changé. J’ai appris à me libérer des repères qui m’enchaînent. J’essaie de mettre en scène des objets de mon quotidien en les détournant de leur sens habituel. 

Quelles sont vos sources d’inspirations ? 

Tout ce qui m’entoure peut-être à un moment où un autre une source d’inspiration. Cela peut être une canette de boisson, l’écorce d’un arbre, ou une calligraphie indienne ou arabe. L’important c’est de sortir ces choses de leur contexte et de leur donner un sens nouveau en fonction de l’émotion que cela me suggère. 

Qu’entendez-vous par la création dans l’art ? 

Ma nouvelle orientation est d’essayer de briser les frontières entre l’art et la vie, mon quotidien me suggère à chaque moment des créations artistiques. Chaque chose dans la vie est source de création. De même l’art est ma manière d’exprimer ma vie telle que je la perçois. Je ne veux plus rester prisonnier de mon atelier et confiner mes oeuvres entre les murs de la galerie ou du musée. Aujourd’hui, j’ai la conviction que l’acte fait l’oeuvre. Je sens le besoin de libérer l’individu (artiste et spectateur) de ses inhibitions. 

Quel message voulez-vous transmettre à travers  vos œuvres ?
L’idée c’est de mettre en évidence à travers cette exposition, à quel point, nous les artistes, nous cherchons des significations élevées dans un espace et une ère marqués par l’égarement, par le matérialisme et par la détresse. Je veux montrer également qu’il existe, derrière les sentiments des hommes et des femmes, derrière toutes les pensées qu’on peut avoir, et derrière tous les efforts pour comprendre le monde, toujours la dualité.

Quels sont vos projets d’avenir ? 

J’organise durant tout ce mois-ci une exposition itinérante à travers des villes marocaines pour rendre hommage à l’environnement. L’objectif est double, primo contribuer à la sensibilisation à la lutte contre la pollution, secundo promouvoir la démocratisation de l’art et l’accès du plus grand nombre de citoyens à l’oeuvre de l’artiste. La première escale de cette exposition sera à Casablanca qui sera suivie de Settat, El Jadida, Chaouen, Marrakech et Agadir. Et puis en aout je participerai à la rencontre estivale des artistes libres à Lyon. 

 

Entretien réalisé par Fatimazahraa Rabbaj 

 

 

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