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Lycées français à l’étranger : La fin d’un cadeau empoisonné



Depuis l’élection de François Hollande les Français de l’étranger s’y attendaient, résignés ou satisfaits, mais la nouvelle est tombée au début des vacances scolaires, comme un couperet, plus vite que prévu. Depuis 2007, les frais de scolarité des lycéens français à l’étranger étaient en partie payés par l’Etat. Une mesure emblématique, au même titre que la TVA sociale ou le bouclier fiscal qui portaient le label Sarkozy. La semaine dernière, le ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius a annoncé que cette prise en charge, la PEC pour ceux qui suivent de près ce dossier, avait vécu. Les parents pour qui elle était une aide non négligeable et, plus rares, ceux qui n’ont pas les moyens de s’en passer, ont donc deux mois de vacances pour trouver une solution de remplacement et l’on comprend que certains d’entre eux, pris de court, soient un peu paniqués. Faut-il pour autant crier au scandale ?

Il faut d’abord se rappeler que lorsqu’elle fut introduite par Nicolas Sarkozy au début de son quinquennat, la PEC, qui concerne cette année 7 600 familles, n’avait guère suscité d’enthousiasme, y compris du côté de l’UMP. Ce fut le cas pour Olivier Cadic, alors supporter de Nicolas Sarkozy et conseiller élu à l’Assemblée des Français de l’Etranger, « J’ai tout de suite dit qu’on ne pouvait pas faire ça. C’était, explique-t-il, une mesure contraire au principe de responsabilité. Moi j’habite à Londres, ma fille est scolarisée dans une école anglaise et c’est gratuit. Si l’on veut scolariser son enfant dans un lycée français à l’étranger, c’est très bien. Mais alors c’est normal qu’on participe au financement. » Des amis charitables lui conseillèrent alors de se taire s’il ne voulait pas « être carbonisé à l’Elysée ». Une attitude à laquelle se résignèrent beaucoup d’autres jusque dans le gouvernement où le coût de cette mesure, environ 30 millions d’euros,  passait mal d’autant que personne ne l’avait réclamée.

 

Effet d’annonce…

Il faut savoir que beaucoup d’entreprises ayant des salariés à l’étranger leur versent une confortable indemnité pour les frais de scolarité. D’autres, qui n’entrent pas dans cette catégorie, peuvent avoir comme en France accès à des bourses sur critères sociaux. En réalité, cette décision visait avant tout à aider les classes moyennes, trop riches pour avoir droit aux bourses, mais trop pauvres face à des frais de scolarité parfois élevés de certains lycée français ( par exemple jusqu’à 15 000 euros par an à New York). Mais il s’agissait encore une fois d’un effet d’annonce dont l’ancien président était coutumier. Pour en réduire le coût qui aurait été exorbitant, la PEC passa à la moulinette pour ne concerner de façon progressive que le secondaire et non plus toute la scolarité comme l’avait claironné Nicolas Sarkozy. Et les restrictions ne se sont pas arrêtées là;  encore une fois pour des questions de coût, le montant de l’enveloppe budgétaire est resté le même depuis l’année scolaire 2007/2008. Sauf que les frais de scolarité, eux, ont considérablement augmenté et les familles bénéficiant de la PEC ne voient donc qu’environ 75% de leurs frais remboursés au lieu des 100% initiaux.

Pendant la campagne présidentielle, le débat revint sur le tapis. Le Président sortant, qui faisait feu de tout bois, se lança à nouveau dans la surenchère, promettant d’étendre la mesure aux collèges. « La promesse est irréaliste et incohérente alors qu’on crie à la démagogie quand le candidat socialiste propose de recruter 60 000 enseignants supplémentaire… » fit valoir l’un des ténors de l’UMP, mais la contestation fut une fois encore étouffée par l’Elysée.

De son côté, François Hollande riposta en annonçant sans ambiguité la suppression de la PEC s’il l’emportait. “C’était une mesure tellement injuste et inégalitaire… Nous sommes tout à fait satisfaits de sa suppression” se réjouit aujourd’hui Michèle Bloch, membre de l’Assemblée des Français de l’Etranger, siégeant à la commission de l’Enseignement, qui avait dénoncé le «  cadeau empoisonné » de Nicolas Sarkozy. D’autres font remarquer que certaines grandes entreprises françaises qui prenaient en charge les frais de scolarité pour leurs salariés à l’étranger en avait profité pour ce décharger de ce fardeau sur l’Etat !

Des parents pris de court

Tous ne sont pourtant pas dans ce cas. “Pour les “résidents” qui trouvent par eux-mêmes un travail “local” payé sur des barèmes “locaux”, qui paient eux-mêmes tous les frais et rapatrient une forme de richesse en France,  c’est injuste”, fait valoir l’un deux. Mais ce qui fait polémique, c’est d’abord le fait que beaucoup de parents ont été mis devant le fait accompli alors qu’ils étaient en vacances « Cela met plusieurs familles dans une situation difficile car elles se retrouvent à la dernière minute avec des dépenses non budgétisées » s’insurge Marc Villard, qui est pourtant conseiller socialiste à l’Assemblée des Français de l’Etranger et qui a soutenu la suppression de la PEC.

Le Quai d’Orsay se veut rassurant et précise que « cette mesure ne placera aucune famille en situation de difficulté à la rentrée 2012 ». Les parents faisant face à des difficultés financières sont invités à remplir des dossiers pour obtenir une bourse. Ceux qui n’y auraient pas droit pourraient également bénéficier de facilités de paiement s’ils rencontrent des difficultés financières. Il n’en demeure pas moins que la méthode peut paraître choquante car rien ne justifiait cette précipitation, ni l’absence d’information préalable à toute décision.

Le vrai enjeu

Certes, personne même parmi les amis de Nicolas Sarkozy ne se fait l’avocat d’une mesure populiste imposée au détriment du fonctionnement des établissements français à l’étranger alors que dans le même temps la dotation de l’Agence pour l’Enseignement Français (AEFE) est en baisse continuelle et le nombre des professeurs titulaires payés par l’Etat français aussi. Comme l’explique encore Michèle Bloch, « plus il y a de résidents et de recrutés locaux, payés par les établissements, plus cela coûte cher aux écoles et plus les frais de scolarité augmentent car les établissements n’ont pas d’autre choix que de faire payer les familles, qu’elles soient françaises ou pas ! »

Un effet pervers dont on a pu se rendre compte au Lycée Lyautey à Casablanca ou au Lycée Descartes à Rabat, comme ailleurs dans le monde où ces établissement contribuent au rayonnement culturel de la France.

C’est justement là que se situe le véritable enjeu. Comme le souligne justement un proche de Laurent Fabius,  « la suppression de la PEC ne doit pas être qu’une simple mesure d’économie, mais le point de départ d’une autre politique destinée à redonner toute sa place à l’enseignement français à l’étranger ». Chiche !

 

Alex PANZANI 

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