ATHENES – Les Grecs votaient dimanche pour renouveler leur parlement dans un scrutin dominé par le désaveu des partis gouvernementaux ralliés à l’austérité, faisant craindre en Europe un coup d’arrêt aux efforts du pays pour se redresser et se maintenir dans l’euro.
“Nous sommes tous d’accord que ces élections sont les plus cruciales. Chacun est appelé à prendre une décision, non seulement sur qui va gouverner, mais aussi sur quelle sera la marche du pays pour les décennies à venir”, a mis en garde le Premier ministre sortant, Lucas Papademos, à la sortie de son bureau de vote, dans une école athénienne.
“Aujourd’hui le peuple vote pour l’avenir de ses enfants, pour la stabilité, la croissance, la sécurité et la justice”, a souligné le leader conservateur Antonis Samaras, 61 ans.
Favori du scrutin face à son rival socialiste Evangélos Vénizélos, 55 ans, il n’est toutefois crédité que d’environ 25% des voix, contre 33,4% en 2009, ce qui obligerait le pays à se trouver un gouvernement de coalition.
Sanctionné comme jamais dans son histoire pour avoir mis le pays sur les rails de la rigueur dictée par l’UE et le FMI, le Pasok de M. Vénizélos, ministre sortant des Finances, devrait perdre plus de la moitié de ses 44% d’électeurs de 2009.
L’option la plus probable est celle d’une alliance entre la Nouvelle-Démocratie de M. Samaras et du Pasok, déjà unis depuis novembre au sein de l’exécutif de crise qui a durci les efforts de redressement sous la direction de M. Papademos.
Pour recevoir l’aval du parlement à un telle formule, les deux partis devraient cumuler entre 37% et 38% des voix.
Mais les quelque 9,8 millions d’électeurs pourraient compromettre ce scénario, qui a la faveur des décideurs européens et économiques.
Les pronostics tablent sur un rejet massif des deux piliers de la vie politique, rendus collectivement responsables de la débacle de la Grèce dont ils se partagent la direction depuis le retour de la démocratie en 1974.
Dans un bureau du quartier central de Pangrati, Eythymios Karadimas, un médecin de 43 ans, espérait que les Grecs aient “assez de bon sens pour choisir d’autres partis que ceux qui ont mis la Grèce dans cet état”.
Pour l’hebdomadaire de centre-gauche To Vima, le scrutin avait du coup une allure “de bombe”: “Les Grecs votent avec colère mais s’inquiètent pour l’économie et l’euro”, titrait-t-il, soulignant “l’incertitude” quand aux résultats.
Un sondage sortie des urnes doit être diffusé par les télés à la fermeture des bureaux de vote, à 16H00 GMT. Au vu de l’implosion du système politique, qui pourrait faire rentrer dix partis au parlement, contre cinq actuellement, sondeurs et analystes prévoient toutefois déjà une longue nuit électorale.
M. Papademos a d’emblée tenté de dissiper la menace d’une instabilité politique, en s’affirmant confiant dans la formation d’un gouvernement “dès cette semaine”, en réponse à un journaliste.
Les huées qui ont accueilli M. Vénizélos à son arrivée au bureau de vote de sa circonscription de Salonique (nord) ont toutefois confirmé la colère de l’électorat: “Votre politique nous renvoie faire les travailleurs émigrés en Allemagne”, ont notamment crié une poignée de contestataires.
M. Vénizélos, qui a conclu sa campagne en agitant la menace d’une sortie de l’euro a appelé les électeurs à ne pas se “défouler” mais à voter “en conscience de leur responsabilité historique, avec sang-froid et bon sens”.
“Après deux ans de barbarie, la démocratie revient (…) le peuple va signer le changement et lancer un message retentissant à toute l’Europe”, a riposté Alexis Tsipras, son jeune rival du parti Syriza de gauche radicale, qui pourrait plus que doubler son score de 2009 (4,6%).
Au terme d’une campagne menée le vent en poupe, centrée sur le rejet des diktats de l’UE et du FMI, mais sans remise en cause explicite de l’ancrage dans l’euro, il pourrait ravir la troisième place à l’ultra-orthodoxe parti communiste KKE.
Sa dirigeante, Aleka Papariga, a prédit une “nouvelle tempête” pour le pays, appelé dès juin à trouver les moyens de réaliser des économies supplémentaires de 11,5 milliards d’ici 2015.
Complété par la Gauche démocratique de dissidents modérés du Syriza, le camp de gauche anti austérité caracolerait autour de 30%, selon les derniers sondages publiés il y a 15 jours.
Même si ses profondes divisions excluent sauf suprise la formation d’une alliance pour gouverner, il pourrait ainsi sérieusement entraver la politique de redressement dictée par l’UE et le FMI en contrepartie du maintien du pays, qui n’a même pas de quoi payer salaires et retraites, sous perfusion financière.
A droite aussi, le bloc anti-rigueur est crédité d’une poussée, autour de 15% des voix, dont un tiers pour le parti néo-nazi Chryssi Avghi (Aube dorée), qui devrait ainsi faire irruption au parlement.
LNT
Crédits AFP
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