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François Hollande et son gouvernement à l’épreuve de la crise

« Une séance bla bla » a fustigé par avance Jean-Luc Mélanchon qui, malgré sa défaite aux législatives, ne veut rien lâcher sur sa gauche face aux socialistes. Il est vrai que la première réunion du nouveau gouvernement Ayrault, un séminaire de réflexion avant la rentrée parlementaire, avait un petit air désuet de Troisième République.

Après les législatives, les Français, qui ont donné la majorité absolue à la Gauche, attendaient un gouvernement de crise. François Hollande a finalement opté pour une équipe pléthorique de 38 ministres, (presque le record de Pierre Mauroy en 1981), représentant tous les courants et sous-courants du PS sans oublier les Verts désormais vassalisés et dépeints par leur mentor Daniel Cohn-Bendit comme d’exécrables « arrivistes ».

Si la parité hommes-femmes est respectée, on est loin de l’image rassurante et sobre qu’entend donner le Premier ministre. Il dispose, selon le discours officiel, d’une autonomie que n’avait pas son prédécesseur qualifié de « collaborateur »  par  Nicolas Sarkozy. Mais « l’Allemand de l’Est », comme certains le surnomment déjà  à Matignon en référence à sa culture germanophile et à sa rigidité politique, ne dégage pas un charisme irrésistible. Si son expérience parlementaire est grande, ses premiers pas sans doute dus à l’apprentissage du pouvoir ont été émaillés de quelques couacs retentissants comme le brutal désaveu de l’ex-ministre de l’écologie Nicole Bricq, placardisée au Commerce Extérieur sur fond de cafouillage autour des forages pétroliers en Guyane.

« On rentre dans le dur… »

 

Une certaine déception est donc perceptible chez ceux qui attendaient un souffle nouveau. Le  décalage est flagrant entre ces vieux et savants dosages politiciens souvent déconnectés de la réalité et les exigences du moment alors que s’ouvre une séquence particulièrement délicate. Mais, si les impressions peuvent être trompeuses, une chose est sûre, il ne suffira plus pour convaincre de quelques mesures symboliques, voire démagogiques, ni d’afficher une « normalité » déjà mise à mal. C’est sur le terrain économique que va se jouer l’essentiel. Comme le confie une proche de Pierre Moscovici, ministre de l’Economie, « on rentre dans le dur, les choses sérieuses commencent… » Il s’agit non seulement de trouver les moyens de boucler le budget 2012 en dénichant 7 à 10 milliards d’euros pour respecter l’objectif de 4,5 % de déficit par rapport au PIB à la fin de l’année, mais aussi de préparer le Budget 2013 qui ne pourra dépasser les  3 % de déficit. Sans oublier que l’objectif est d’arriver à l’équilibre des comptes et à un déficit zéro en fin de quinquennat. Le tout dans un contexte de croissance atone…

 

Le gouvernement vient pourtant de donner un petit « coup de pouce » au Smic et il est revenu partiellement sur l’impopulaire réforme des retraites. « Dans la liste des cadeaux, il ne pourra aller plus loin et sait qu’il a mangé son pain blanc », prédit un expert de Bercy qui ajoute « surtout, l’on va devoir très vite aborder les sujets qui fâchent. » Déjà tous les ministères, à l’exception de l’Education Nationale, l’Intérieur et la Justice définis comme des priorités, vont devoir réduire leurs dépenses. Ce qui représentera un milliard d’euros d’économie. Les “dépenses sociales seront également maîtrisées” et les collectivités locales devront faire un “effort identique à celui de l’Etat”, a prévenu Matignon qui demeure cependant dans le flou artistique en précisant que « ce ne sera pas une gestion seulement comptable et aveugle ». Pour l’heure, on continue surtout de racler les fonds de tiroir en détricotant ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy : démantèlement du fameux paquet fiscal ou ce qu’il en reste, suppression des exonérations sur les heures supplémentaires, abaissement des seuils pour les droits de succession ou encore rétablissement de l’impôt sur la fortune tel qu’il était avant la réforme Sarkozy de 2010. Des mesures qui ne gênent pas trop la gauche et ne devraient pas gâcher les vacances des Français…jusqu’à la rentrée de septembre.

 

Charger la mule sarkosiste

Avant d’aller plus loin, le nouveau pouvoir attend officiellement la publication – prévue pour lundi prochain – du rapport de la Cour des Comptes sur l’état des finances publiques. Selon des indiscrétions savamment filtrées, celles-ci seraient en bien plus mauvaise situation qu’annoncé. La faute au pouvoir précédent qui aurait « poussé la poussière sous le tapis » et camouflé quelques ardoises. Il serait pourtant surprenant que la Cour – qui a validé les budgets précédents – accrédite une thèse partisane, du moins en ces termes.  Ce n’est ni dans ses habitudes, ni dans sa culture. En revanche, elle pourrait souligner la gravité de la situation et l’Éxécutif ne se gênera pas dans la foulée pour charger la mule sarkoziste et  justifier ainsi des mesures douloureuses, mais inévitables.

Elles vont donc arriver à l’automne avec la loi de Finances 2013. A savoir la création de deux tranches supplémentaires (45 % et 75 %) de l’impôt sur le revenu, la réforme de l’impôt sur les sociétés (pour encourager l’investissement) et surtout les coupes dans les dépenses. C’est le  sujet le plus délicat car François Hollande ne s’est jamais montré bavard sur la question pendant la campagne.

La gauche est toujours devant le même casse-tête, comment demander aux Français l’effort indispensable alors que les mots de « rigueur » ou d’ « austérité » sont tabous et prohibés dans le vocabulaire officiel ?

Opération à hauts risques

L’opposition de droite, qui est loin d’être en ordre de bataille, tente déjà, c’est de bonne guerre,  de se refaire une santé sur les difficultés économiques et en agitant l’épouvantail de la pression fiscale. Un certain tassement est déjà perceptible, même si cela n’a rien d’anormal, dans les côtes de popularité respectives du Président et du Premier ministre, qui restent toutefois élevées. C’est surtout le nombre des mécontents qui est hausse dans les couches les plus exposées aux mesures qui pourraient être prises. François Hollande, qui a senti le danger, tente de déminer le terrain en affirmant, depuis Rome où il était en visite officielle : « Les couches moyennes ne seront pas touchées ». Reste à savoir où sera positionné exactement le curseur fiscal qui épargnera évidemment les couches les plus défavorisées. Mais l’opération est à hauts risques car  un vieux serpent de mer du débat politique hexagonal va  refaire surface et agite déjà les politologues. « A partir de quels revenus peut-on en France  être considéré comme riche  ? » interroge le président de l’institut IPSOS, Jean-Marc Lech, qui ajoute « la question d’un point de vue sociologique et  politique a son importance car François Hollande n’a pu l’emporter que parce qu’il a ratissé au-delà de l’électorat traditionnel de gauche et dans des couches relativement aisées ». La confrontation Droite-Gauche autour de la réforme fiscale va donc être brûlante. François Hollande et son gouvernement disposent certes d’une solide majorité parlementaire pour l’imposer, mais leur marge de manœuvre risque d’être étroite sur le plan électoral avant les prochaines élections municipales.  Elle l’est encore d’avantage sur le plan économique. L’automne va être chaud, très chaud…

Alex PANZANI

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